Gilles Provost,un homme de théâtre du haut de ses 83 ans

 Gilles Provost,un homme de théâtre du haut de ses 83 ans

L’ancien directeur du Théâtre de l’Île et artiste, Gilles Provost, vieillit paisiblement.

Grand homme de théâtre, Gilles Provost a tenu la barre du Théâtre de l’Île pendant plus de 30 ans, un legs pour la
communauté outaouaise.
M. Provost s’intéresse à l’expression dramatique dès son jeune âge. En 1976, il prend les rênes du théâtre en plein cœur de Hull. C’est alors qu’il s’ancre à la fois dans une démarche artistique, communautaire et professionnelle.
Il sera également appuyé par la Ville de Gatineau, tout au long de son règne, son théâtre étant à vocation municipale.
« Je dois dire que ce genre de modèle s’avère assez unique au Québec. Je me suis inspiré de différents mouvements à l’époque, notamment du côté anglophone, dont la compagnie Ottawa Little Theatre. Parce que chez les Québécois, ce n’est pas toujours bien vu cette affiliation entre le communautaire et le professionnel », explique
Gilles Provost.
En pleine effervescence culturelle, entre autres, les années 70 se sont avérées riches pour le développement des arts en francophonie canadienne. Or, le milieu s’est professionnalisé et une scission s’est créée entre les amateurs et les aguerris. Une situation déplorée par l’amoureux de la scène.
« Je ne voulais pas que nous nous exercions l’un sur l’autre, mais que nous existions en synergie. Que chacun ait son rôle défini, mais que nous, les professionnels, apprenions de la communauté, et vice versa. Je ne pouvais pas le concevoir autrement. L’artiste et le public doivent coexister. »
Là est le véritable projet du théâtreux qui s’est consacré à cela tout au long de sa carrière, mettre en relation le créateur et le peuple.
« J’ai dit, si vous acceptez que le Théâtre de l’île soit connu comme l’unique théâtre municipal, je veux y développer un volet professionnel obéissant à l’Union des artistes et un volet communautaire, ouvert à la population, mais avec des exigences de travail fortes. »
Quand on lui demande quels sont ses meilleurs souvenirs au sein de cette aventure, il ne peut les compter tellement il y en a. M. Provost mentionne toutefois un de ses derniers spectacles, qui a été un succès. Il s’agit de la pièce Parents d’hockey ou « l’amour à l’aréna » de Michael Melski, traduite par Danielle Grégoire et mise en scène par lui-même. Ce travail a été récompensé dans la catégorie Productions d’été, à la Soirée des Masques de 2005.
Il a aussi dirigé un festival étudiant pendant quelques années, répondant à son désir d’ouvrir les salles, les rideaux et les tapis rouges. « Comme ancien étudiant, ayant été scolarisé dans la région, je me souvenais qu’il n’existait pas beaucoup de cours de théâtre. Aujourd’hui, ça s’est
beaucoup développé.»
Regrettant de ne pas en avoir fait plus quand il était âgé de 10 à 15 ans, il est allé rencontrer les professeurs des écoles et a décidé de lancer ce festival étudiant. « Certaines saisons s’étiraient sur huit semaines. Je voulais vraiment qu’on aille chercher les gens, créer davantage d’occasions de découvrir les arts de la scène. »
Quant à son affiliation avec l’État, il reconnaît qu’être à la tête d’une salle financée par la ville comprend beaucoup d’avantages, dont celui
d’être subventionné.
Toutefois, M. Provost a dû se battre plus d’une fois pour convaincre les membres politiques de le suivre. « J’étais appelé par la diversité, sous toutes ses formes. Je me souviens de plusieurs confrontations, dont un esclandre lors d’un spectacle montrant l’amour entre deux hommes. »
L’artiste, toujours très impliqué, rédige présentement son autobiographie, soucieux de laisser un brin de sa mémoire aux prochaines générations. Avec son copain, ils archivent les nombreuses photos qui documentent leur long périple, qui n’est pas terminé.
Le metteur en scène aura signé plus de 150 productions au cours de sa carrière et joué dans près de 90 spectacles.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca