L’itinérance revêt plusieurs visages en Outaouais

 L’itinérance revêt plusieurs visages en Outaouais

Le CRIO condamne le manque de logements sociaux, indispensables dans la lutte contre la pauvreté, l’itinérance et l’exclusion sociale. | Crédit photo : CRIO

Lorsque l’on parle d’itinérance, bon nombre de gens pensent immédiatement aux sans-abris. Mais en Outaouais, comme ailleurs, elle présente plusieurs visages. Si l’itinérance visible se chiffre selon l’utilisation de ses infrastructures d’hébergement, son pendant, plus discret, reste sous les radars.

Le clivage observable/caché rappelle celui de la densité de population qui distingue le rural de l’urbain. Il est vrai que lorsqu’on parle d’itinérance, bon nombre diront que c’est un problème du milieu urbain. Pourtant, elle persiste aussi à l’abri des regards.

Si sa définition dans la politique nationale de lutte à l’itinérance la caractérise comme « l’impossibilité d’avoir ou de conserver un chez-soi, un domicile constitue plus qu’un abri. C’est un lieu où l’on se sent bien et protégé, un endroit à soi, reconnu par les autres. »

Cette terminologie englobe alors une plus grande proportion de la population et témoigne de la complexité du phénomène. Contrairement à la croyance populaire, elle s’avère l’affaire de tous, ce que précise le Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO) sur son site internet.

« L’itinérance concerne des femmes, des hommes, des familles, des gens seuls. Elle n’épargne pas plus les aînés, les personnes aux appartenances culturelles diverses, les Autochtones et celles provenant des communautés allosexuelles [dans cette situation]. »

Parfois, cette circonstance n’occupera qu’un bref moment d’une vie, mais d’autres fois, chercher un logement à loyer modique sans succès faute d’argent peut tout autant se révéler une course à obstacles longue et laborieuse.

Le CRIO considère d’ailleurs que la lutte contre la pauvreté, l’itinérance et l’exclusion sociale passe inévitablement par un logement décent et abordable.

« Même si ce n’est pas la seule condition pour réduire la situation d’itinérance, l’accès au logement constitue un enjeu au cœur de nos préoccupations. Comme l’affirme le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le logement représente un droit fondamental qui doit être reconnu à tous, peu importe le revenu, le statut social, l’origine ethnique, le sexe et d’autres éléments. »

Selon l’organisme, plusieurs éléments jouent actuellement contre ce droit. Il s’agit de la spéculation foncière, le manque de revenu, les compressions budgétaires dans les programmes gouvernementaux visant la construction de logements communautaires, ou l’embourgeoisement de nombreux quartiers populaires, notamment à Gatineau.

Le boom immobilier en milieu rural s’accentue également de plus en plus. Il tend à limiter davantage l’accès aux logements abordables, financièrement hors d’atteinte.

« En campagne, il y a plus d’itinérance invisible comme le coachsurfing ou le logement à plusieurs, souligne Mélissa Roy, coordonnatrice au CRIO. C’est une stratégie de survie. Avec la COVID-19, cette alternative est devenue moins accessible. »

La réglementation des rassemblements et le fait de ne pas pouvoir recevoir d’invités non domiciliés officiellement à une même adresse ont rendu cette possibilité inenvisageable pour des hôtes potentiels dans ce contexte de santé publique.

Le phénomène alors caché a conduit certains à recourir aux ressources d’organismes communautaires.

« Même si de nouvelles places ont été créées dans des hébergements transitoires, cela n’a pas supprimé la demande d’hébergement d’urgence. Cette surcharge révèle l’impact de la crise du logement et le manque de services en Outaouais. »

L’Observatoire canadien sur l’itinérance brosse un portrait de 61 localités à travers le Canada, dont les villes de Montréal, d’Ottawa et de Gatineau. Ainsi, en 2016, Montréal comptait 37 hébergements et 1 426 lits pour un bassin de plus de quatre millions d’individus. En comparaison, Ottawa avait 11 sites d’accueil et 1 154  places pour 934 243 habitants. Gatineau ne disposait pour la même période que 2 structures et 61 lits pour un ratio populationnel de 276 245 Gatinois.

Dans le même ordre d’idée, au courant de l’été et de l’automne 2020, la Ligue des droits et libertés (LDL) a mené une mission d’observation sur la situation du logement à Gatineau. Celle-ci porte aussi sur son impact sur les droits de la personne. La LDL constate que les éléments essentiels du droit au logement y sont sérieusement mis à mal, dans un rapport publié en février 2021.

La LDL considère qu’il faut parler d’une « urgence du logement » dans cette ville. Selon elle, la pointe de l’iceberg provient du nombre grandissant de familles et de personnes qui n’ont pas l’assurance d’avoir un abri au-dessus de leur tête.

Dans les secteurs ruraux, selon le CRIO, la responsabilité collective joue un rôle dans la lutte contre la pauvreté et l’itinérance, tout comme en ville. Ainsi, elle invitait, entre autres, les municipalités à autoriser la construction de logements sociaux et abordables, dans un article de Noir sur blanc, publié en 2017.

Contrairement à la pensée populaire, l’itinérance s’avère un phénomène contemporain qui touche plus de monde année après année. Les situations exceptionnelles des dernières années n’ont fait qu’amplifier cette réalité, déjà préexistante.

Le budget 2021 du gouvernement québécois ne permettra pas de changer la donne, à court terme. En effet, il y est prévu de construire 5 000 logements sociaux à travers le Québec et de financer 500 nouvelles unités dans l’ensemble de la province.

Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais

819 712-2746

lecrio.org

Isabelle Yde

isabelley@journalles2vallees.ca