Jean-Marie Lapointe, un homme engagé

 Jean-Marie Lapointe, un homme engagé

Jean-Marie Lapointe est fier d’éveiller les consciences aux enjeux de la pauvreté et de l’itinérance. | Crédit photo : Deschenaux-Lemarbre

Jean-Marie Lapointe a accepté l’invitation du magazine la Voix du communautaire au Québec pour partager avec nos lecteurs en quoi le thème de la pauvreté vient le toucher.

Ses séries documentaires Fin de mois et Face à la rue ont offert des circonstances opportunes aux téléspectateurs de pouvoir se mettre à la place de l’autre et de comprendre les réalités de la misère et de l’itinérance. Jean-Marie Lapointe confie d’ailleurs en préambule de l’une d’elles avoir vécu lui-même cette situation de précarité.

« Quand on parle de pauvreté, j’ai du mal à rester insensible puisque par mon éducation, je suis privilégié, je suis allé dans des écoles privées. Nous y étions sensibilisés. C’était dans leur mission de tendre la main, de soulager la souffrance. On nous demandait de nous impliquer, de faire un effort pour enrayer la pauvreté autour de nous, dans les quartiers un peu plus défavorisés de Montréal, où j’étais. »

La sœur aînée du père de Jean-Marie, le légendaire Jean Lapointe, était une religieuse missionnaire. Tante Cécile incarnait cette image à l’instar de Mère Teresa dans leur famille. Mais, c’est beaucoup plus tard que la pauvreté est venue l’atteindre de près.

« C’est certain que ça t’affecte, tu es en plein dedans. Tu vis avec le facteur stress au quotidien. À savoir, comment je vais faire pour payer mon épicerie. À qui je dois emprunter de l’argent. D’être passé par des choses plus difficiles, ça fait de moi quelqu’un qui a été touché par la pauvreté, par la précarité. »

Animer des émissions sur la fin de mois ou sur l’itinérance pour Face à la rue, l’a amené à se servir aussi de sa propre expérience pour connecter avec le tourment de l’autre.

« C’est comme ça que vient au monde la compassion, la bienveillance. Il faut être capable de se mettre à la place d’autrui, pour ressentir sa souffrance. C’est quand tu as vécu quelque chose de similaire, que tu peux comprendre. Il y a une sorte de résonnance. Il y a une connexion entre deux âmes, parce qu’on se reconnaît dans nos souffrances. Maintenant, pouvons-nous essayer de trouver une solution? Ensemble, on peut tenter de s’aider pour s’accompagner là-dedans. »

Fin de mois comme Face à la rue traçaient le portrait de personnes dans un contexte de pauvreté ou d’itinérance. Pour Jean-Marie Lapointe, une vue d’ensemble du problème de la pauvreté permet d’identifier notamment une solution dans l’échange.

« On a tous la possibilité de tendre la main. Le partage, ça peut être de n’importe quoi. Ça peut aussi être de ton temps, de ton expertise. J’ai un de mes amis qui est à la retraite. Parce qu’il est comptable de formation, il donne quelques heures, chaque semaine à une maison de soins palliatifs. Il effectue la tenue de livres gracieusement. »

Jean-Marie Lapointe explique d’ailleurs que lorsqu’il fait du bénévolat, il offre de son temps.

« Cet après-midi, je vais aller servir les repas à des gens en situation d’itinérance, avec ma sœur, mon neveu et une amie. Donc, on va être quatre personnes à participer. Qu’on soit riche ou pauvre, on a la capacité de partager, donc je pense que l’inégalité matérielle et sociale dans la société peut être vue et corrigée par le partage. »

Selon lui, l’ignorance empêche d’aimer et de tendre la main en raison d’une emprise dans son propre jugement. Les préjugés entravent ainsi de comprendre l’autre.

« Si je juge le gars qui est dans la rue parce qu’il a un problème d’alcool, ou qu’il souffre d’une problématique de santé mentale, mon jugement m’empêche de connaître sa véritable situation. Je ne pourrais saisir pourquoi, il est dans la rue. »

Jean-Marie Lapointe considère que les séries qu’il aime faire sont celles qui amènent à comprendre et à voir autrement. Pour lui, il ne s’agit pas de manipuler la réalité pour essayer de jouer avec les sentiments des gens, mais bien de montrer la vie telle qu’elle se déroule en ce moment.

« Je suis honoré et fier de participer à la communauté dans mon travail, dans mon bénévolat à faire du bien et à éveiller des consciences. »

Isabelle Yde

isabelley@journalles2vallees.ca