L’immigration en Outaouais se poursuit, même en temps de pandémie

 L’immigration en Outaouais se poursuit, même en temps de pandémie

Une famille syrienne, nouvellement arrivée, à l’occasion d’une sortie dans la Ville de Gatineau.

L’organisme Accueil-Parrainage Outaouais (APO) demeure ouvert malgré la crise pandémique et les multiples consignes sanitaires qui compliquent leurs activités et celles des gens provenant de l’extérieur.
Le mandat de l’APO est « d’accueillir et accompagner les personnes immigrantes afin de favoriser leur insertion socioéconomique, tout en engageant la communauté outaouaise dans la voie du vivre-ensemble », est-il résumé, sur leur site internet.
Service de traduction plurielle
À ce titre, le centre a été particulièrement sollicité, en cette dernière année bien spéciale, pour ses services de traduction. Ceux-ci sont disponibles en plus d’une trentaine de langues.
« Nous nous sommes assurés qu’il y ait quelqu’un au bureau en tout temps pour répondre aux besoins de nos usagers. Pas moins de 1180 interventions en interprétation ont été menées en 2020 », souligne le directeur de l’APO, Bato Redzovic.
Cet appui est offert dans le cadre de services de santé, de justice, scolaires ou privés. L’APO reçoit un certain dédommagement pour offrir cette aide en milieu médical. Mais en général, l’organisme facture les instances concernées. Ces services se chiffrent annuellement à 160 000 $, afin de répondre à la demande pour ses interprètes.
Immigration en période pandémique
Ce « milieu d’action pour l’intégration », telle est leur devise, a également continué ses activités sur ses autres fronts. « Plusieurs des nouveaux venus que nous suivons, nous les accompagnons sur une période de cinq ans. Nous avons donc, en partie, continué de nous occuper des gens en processus d’enracinement. »
En ce qui concerne la fermeture des frontières, cela a eu des répercussions, mais l’APO n’a pas cessé son travail ni son accueil des exilés.
« Le mot immigrant renferme au moins une soixante de catégories. Il y a les réfugiés gouvernementaux et privés ainsi que les demandeurs d’asile. Ceux qui sont dans l’obligation, d’autres dans le droit », liste M. Redzovic.
Le centre est muni d’un hébergement d’une quinzaine de chambres. Cependant, il doit régulièrement faire appel au motel du coin.
« Nous avons un couple de l’Afghanistan qui doit arriver bientôt. Nous avons une dizaine de jours pour lui trouver un logement, c’est ce que le ministère ordonne puisqu’il ne veut pas payer davantage. Avec la situation immobilière en Outaouais, ce n’est pas évident, mais nous allons trouver. »
Chaque nouvel arrivant au pays doit se soumettre à trois tests de dépistage de la COVID-19. Un premier avant de prendre l’avion, un deuxième à l’atterrissage et un troisième, après 10 jours de confinement.
Environ 1 400 personnes nouvelles au pays migrent vers l’Outaouais chaque année, selon M. Redzovic. L’an dernier, ce nombre aurait considérablement diminué.
« Habituellement l’APO reçoit environ la moitié d’entre eux, soit 700 personnes par année. 20 % sont des réfugiés et 15 % des demandeurs d’asile. Sinon, il s’agit d’immigrants indépendants. »
Prise de contact avec la culture du quotidien
Au-delà des besoins de base à combler afin que les étrangers prennent pays, l’intégration culturelle est aussi une des priorités de l’APO.
« Nous détenons un programme de jumelage interculturel. Il fonctionne moins bien depuis que nous l’avons mis en ligne, pandémie oblige. Nos membres ne sont pas tous à l’aise avec la technologie, alors l’engouement a diminué. »
Le directeur mentionne être à la recherche de bénévoles, sur une base régulière, afin d’assurer un bon roulement au sein de cette initiative visant à mettre en relation une personne d’ailleurs avec une personne d’ici.
« C’est de cette façon que les gens peuvent être tenus au courant de ce qui se passe et trouver leur place dans la vie ambiante. Par exemple, savoir que le jeudi, certains musées ouvrent leurs portes gratuitement. Des informations que nous ne pouvons leur transmettre à leur arrivée, parce que ça ferait trop de données d’un coup. »
Puis, il y a la possibilité de parrainer collectivement des familles réfugiées. « L’an dernier, nous avons soumis
15 dossiers, 11 familles ont été retenues. Ainsi, des foyers d’accueil assurent la subsistance de ces familles qui n’ont pas accès à l’aide sociale lors de leur première année au Canada. »
Du côté des femmes immigrantes
L’organisme Accompagnement des femmes immigrantes de l’Outaouais (AFIO) est un autre grand joueur de la région.
Il propulse maintes activités, dont le groupe Babel, s’adressant aux « grands-parents immigrants nouvellement arrivés au Canada. Il est très commun pour une famille immigrante de venir au Canada accompagné d’un proche âgé qui ne maîtrise pas le français ou l’anglais », est-il écrit dans le magazine de l’AFIO.
« Avec la présence d’une animatrice, le groupe se rencontre trois fois par semaine dans le but de briser l’isolement et de faire de nouvelles rencontres. » Lors de la pandémie, l’AFIO a même distribué des tablettes aux membres du cercle qui ne possédaient pas d’ordinateurs à la maison, afin que ces dernières puissent se connecter aux rencontres, ayant alors lieu en virtuel.
Ce centre s’occupe des problématiques vécues par les femmes nouvellement arrivées au pays. Avec diverses animations, de ressources et d’outils mis de l’avant, cet organisme s’assure que les femmes fassent
bon atterrissage.
« Nous constatons que les femmes immigrantes détiennent un haut taux de scolarité par rapport à l’ensemble des Québécois. Elles sont donc généralement surqualifiées pour les postes qu’on leur réserve », explique une travailleuse sociale de l’AFIO,
Julie Koskinen.
L’organisme tente d’informer ces dames des recours auxquelles elles ont accès ainsi que de leurs droits. Elle constate des abus dans le cas de certains parrainages.
« Il arrive que l’homme qui parraine menace de renvoyer les arrivantes dans leur patelin d’origine si elles ne répondent pas à toutes ses volontés. Or, lorsqu’elles détiennent leur résidence permanente, ce genre de chantage ne tient plus la route. Toutefois, dans bien des cas, elles ne sont pas au courant. »

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca