Même cachée, l’itinérance est en hausse en Outaouais

 Même cachée, l’itinérance est en hausse en Outaouais

L’itinérance s’accroît en Outaouais alors que la pandémie actuelle frappe.

L’itinérance s’accroît alors que la pandémie actuelle frappe. Toutefois, elle n’est pas toujours visible, notamment dans les régions rurales où elle se fraye un refuge.

Selon la directrice adjointe du Bureau régional d’action sida (BRAS), Annie Castonguay, l’itinérance aurait quadruplé ces dernières années, la crise du logement sévissant depuis trois ans.

« Une de mes activités préférées consiste à surveiller les coûts des loyers. C’est aberrant. En ce moment, à Gatineau, tu ne trouves pas une chambre en dessous de 700 $. Pour quelqu’un dans le besoin, c’est tout son chèque qui y passe », fait valoir Mme Castonguay.

Quant à la directrice générale de La Mie de l’entraide, Anne Mercier, elle confirme l’importance de répondre aux besoins d’une population itinérante grandissante au cœur du secteur Buckingham. D’ailleurs, plusieurs activités sont en développement au sein de cette banque alimentaire, dont des boîtes à lunch pour les sans-abris.

Ce projet est réalisé en collaboration avec le Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais et s’actualisera prochainement. D’autres initiatives allant en ce sens sont prévues, comme une soupe populaire quotidienne. Cependant, l’organisme devra agrandir ses locaux.

« Nous avons obtenu les fonds afin de faire appel à un ingénieur pour dessiner les plans. Mais, il y a d’importants délais, liés à la crise pandémique. Toutefois, ce projet est vraiment important. Ainsi, nous serions rassurés de savoir que tout le monde a la chance de manger à sa faim au moins une fois dans la journée », rapporte Mme Mercier.

Elle se dit bien au fait de la réalité cachée des gens sans domicile fixe. « Je n’ai pas effectué une étude. Cependant, quand nos usagers appellent, ils nous le disent. Si la personne nous explique qu’elle ne peut pas conserver de poisson frais parce qu’elle n’a pas de réfrigérateur, nous déduisons qu’elle n’a pas d’appartement », explique-t-elle.

De son côté, Mme Castonguay confirme que les régions rurales accueillent présentement une population errante, mais que les municipalités ne sont pas nécessairement équipées pour répondre aux besoins. Une telle situation peut contribuer à une invisibilisation déjà omniprésente.

« J’ai su que quelqu’un habitait, si on peut dire, une institution financière de Maniwaki. Ces situations sont nouvelles pour les régions excentrées, explique celle qui œuvre à Gatineau. Toutefois, les régions ne sont pas munies de soupes populaires, de centres pour sans-abris, de travailleurs de rue, ou si peu. »

Même en centre urbain, les ressources s’avèrent insuffisantes. Annie Castonguay brosse un triste portrait de la réalité actuelle.

« La fermeture des frontières a créé des problèmes au niveau de la consommation de stupéfiants. Les gens n’ayant plus accès à leur drogue de choix, ils se tournent vers ce qu’ils peuvent obtenir. Nous n’avons jamais vu autant de fentanyl sur le territoire. Il y a aussi une résurgence de crystal meth. »

Des centaines d’itinérants qu’elle a recensé à Gatineau, seulement un tiers est présentement hébergé d’urgence.

« Une quinzaine d’installations extérieures autonomes, principalement composées de tentes, ont été démantelées par la ville », poursuit celle qui continue de proposer des solutions qui sont souvent rejetées.

Par exemple, l’une d’elles était de construire des modulaires, soit des petites maisons, près d’un des arénas où les malfamés sont présentement admis.

« On voit beaucoup de femmes qui acceptent un lit et un toit en échange de faveurs sexuelles, dû à l’absence de logement. C’est trop fréquent », s’alarme Mme Castonguay.

Bureau régional d’action sida

819 776-2727

lebras.qc.ca

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca