Moisson Outaouais, un allié régional des organismes communautaires

 Moisson Outaouais, un allié régional des organismes communautaires

Moisson Outaouais compte une trentaine de bénévoles dans ses rangs par semaine, pour voir aux tâches logistiques d’approvisionnement. | Crédit photo : Moisson Outaouais

La réalité de la dernière année a exacerbé la précarité alimentaire dans la région. La pandémie a creusé l’écart existant entre nantis et personnes en situation de vulnérabilité. D’ailleurs, les 43 organismes membres de Moisson Outaouais l’ont principalement ressenti avec une hausse importante du nombre de demandes d’assistance.

En effet, 16 000 bénéficiaires, dont 6 000 enfants, recourent actuellement chaque mois à des services d’aide alimentaire par le biais de ces organismes affiliés. Avant la pandémie, 12 000 en disposaient.

Par exemple, en décembre 2020, 124 269 kilos de nourriture ont été distribués comparativement à 71 832 kg pour le même mois l’année précédente. Comme une image vaut mille mots, cette quantité représente le poids équivalent de près de 20 éléphants.

L’insécurité alimentaire se traduit par la réduction de son panier d’épicerie pour arriver à payer ses factures. Elle aboutit, entre autres à diminuer leur consommation ou à s’en priver pour faire manger ses bambins.

Selon le Centre intégré en santé et services sociaux de l’Outaouais, l’insécurité alimentaire touchait 7 % de la population du territoire soit près de 29 000 personnes dont 5 300 avaient moins de 12 ans, en 2017. De plus, les enfants représentent 38 % des bénéficiaires des paniers à provisions. 210 sont âgés de 0 à 2 ans.

65,7 % des demandeurs de soutien vivent d’aide sociale. 9,4 % disposent d’un revenu d’emploi, tandis que 7,6 % subsistent avec une pension de vieillesse.

En outre, cette augmentation flagrante du besoin d’assistance s’explique notamment par l’émergence d’un phénomène, présent, mais jusque-là moins perceptible. Le directeur général de Moisson Outaouais, Armand Kayolo, constate que la pandémie a ainsi permis à l’organisme de rejoindre une population plus difficile à atteindre.

« 29 000 personnes souffrent, mais ne sont pas dans les réseaux. La COVID-19 a poussé certains d’entre eux à sortir de leur silence. Plusieurs perçoivent les banques alimentaires de façon négative. »

De cet enjeu humain naît un défi logistique pour le pourvoir. En effet, la gestion de l’approvisionnement représente un questionnement de taille pour Moisson Outaouais.

Le traitement des marchandises constitue une phase importante en vue de la ventilation des produits auprès du réseau communautaire.

Le processus se répartit en cinq étapes, soit respectivement récupérer, trier, classer, entreposer et distribuer. L’ensemble génère bien évidemment des coûts.

« Nous sommes passés de 9 à 13 employés quelques semaines après le début de la pandémie, souligne M. Kayolo. Nous avons par ailleurs fait l’achat de deux autres véhicules afin de récupérer et livrer les quantités suffisantes de nourriture aux organismes. »

Moisson Outaouais a également aménagé une deuxième salle de tri. Elle a fait l’acquisition d’un nouveau congélateur et ajouté deux quais de chargement augmentant ainsi l’espace d’entreposage.

Pour allonger le cycle des denrées et éviter le gaspillage alimentaire, la cuisine de transformation permet désormais de préparer 2 000 portions de repas prêts-à-manger chaque semaine, décuplant alors la capacité de production.

D’ailleurs, 29 épiceries participent présentement au Programme de récupération en supermarché. Moisson Outaouais s’approvisionne en invendus avant expiration, de cette manière. Grâce au reconditionnement des surplus, les organismes membres pourront dès lors les distribuer ultérieurement.

Moisson Outaouais prévoit former 16 magasins d’alimentation de plus d’ici 2022, ouvrant par conséquent son initiative à près de 45 enseignes.

L’organisme a recouvré plus de denrées et reçu davantage de dons, compte tenu de la réalité actuelle. Cependant, la demande a également augmenté, à hauteur de 35 %. Les dépenses en achat de nourriture ont ainsi triplé pour les combler.

En janvier dernier, la liste d’épicerie comprenait des produits laitiers, des viandes, des légumes, des fruits, des céréales et des noix pour une valeur totale de 160 000 $.

Le respect des consignes sanitaires a également généré des dépenses additionnelles par l’achat d’équipements relatifs à la COVID-19, distribués au sein de la communauté des membres de Moisson Outaouais.

« Dans le cadre de la pandémie, on a assumé de nouveaux besoins, précise le directeur général. Nous avons fourni des masques, des gants, du désinfectant à mains, des sacs isothermes. »

Moisson Outaouais approvisionne un réseau de 43 organismes. Si 33 d’entre eux se polarisent à Gatineau, une dizaine d’autres se répartissent à travers la région dans les quatre MRC du territoire. Les gens vivant de l’insécurité alimentaire peuvent ainsi compter sur trois associations dans la Vallée-de-la-Gatineau comme dans la MRC de Papineau, et respectivement deux dans celles du Pontiac et des Collines-de-l’Outaouais.

Chacun de ces organismes agit comme une première ligne essentielle afin d’offrir un service de proximité auprès des personnes fragilisées.

Le réseau de Moisson Outaouais couvre une superficie de près de 30 000 km à travers la région.

Douze banques alimentaires (BA) fournissent un service de dépannage. Moisson Outaouais les pourvoit à 50 % à travers ses collectes et distributions. Leur mission consiste à offrir du dépannage alimentaire. Chaque BA possède sa propre gouvernance.

Quinze services d’hébergement dédiés à des populations vulnérables accueillent des personnes en situation d’urgence, mais aussi pour des séjours de longue durée. Ils partagent à manger à leurs résidents.

Dix soupes populaires fournissent des repas chauds préparés. Ils doivent être consommés sur place. Leur fréquence quotidienne les distingue d’ailleurs des BA.

Cinq maisons de la famille dispensent de leur côté une gamme de services et de programmes pour les familles dont certains s’avèrent axés sur l’alimentation.

Moisson Outaouais

819 669-2000

moissonoutaouais.com

Isabelle Yde

isabelley@journalles2vallees.ca