L’ÉCONOMIE SOCIALE, UN MOYEN DE S’IMPLIQUER DANS LA COMMUNAUTÉ ?

Depuis plusieurs années, un modèle d’affaires prend tranquillement sa place. Plusieurs organisations des deux vallées adoptent d’ailleurs son fonctionnement. Dans le contexte économique actuel qui centre le consommateur sur la proximité de l’offre de produits et services, savoir ce qu’est une entreprise d’économie sociale (EÉS) revêt tout son sens.

L’économie sociale se situe dans une approche plurielle conjointement avec ses piliers public et privé. Certes, chaque aspect de cette triade joue un rôle dans la société. Cependant, le statut des entreprises, et donc la redistribution des revenus ou richesses les distinguent, entre autres.

Ainsi dans la forme privée, l’entreprise, détenue par un groupe d’individus, les actionnaires, évolue en fonction des propriétaires. Le pouvoir décisionnel s’y avère intimement lié au niveau d’investissement financier des différentes parties. Pour son pendant public, l’État, propriétaire de certaines organisations, nomme les dirigeants, comme, pour Hydro-Québec. Leurs surplus dégagés peuvent alors maintenir d’autres services à destination de la population.

L’économie sociale, quant à elle, implique une dimension collective de la propriété. La coopérative, la mutuelle et certains organismes à but non lucratif (OBNL) la caractérisent. Les administrateurs y obtiennent leur légitimité à travers un scrutin en assemblée de membres, sur la base d’une personne égale un vote. L’entreprise réinvestit alors ses surplus en son sein ou au profit de la communauté. Le Mouvement des caisses Desjardins demeure l’exemple le plus connu.

« D’après l’article 3 de la Loi sur l’économie sociale, instaurée en 2013, elle mobilise l’ensemble des activités et organismes issus de l’entrepreneuriat collectif, explique le conseiller au développement de la Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides (CDROL), Vincent Roy. Il se base sur six principes et constitue un modèle d’affaires rentable financièrement, mais aussi au niveau social. »

En premier lieu, sa finalité vise à servir ses membres ou la communauté. De plus, l’EÉS répond aux besoins et aux aspirations d’un groupe de personnes. Sa viabilité économique repose en outre sur des revenus distincts issus d’une activité marchande. Ce type de structure respecte également un processus de décision démocratique. Il considère aussi la primauté des gens et du travail sur le capital. Dès lors, la participation et la prise en charge interviennent de façon individuelle comme collective. Sa gestion par rapport à l’État s’avère enfin autonome.

« Si un OBNL n’intègre pas ces six principes, elle n’appartient alors pas aux EÉS, ajoute-t-il. En revanche, le cadre des coopératives s’y prête bien. »

« Les lois sur les coopératives remplissent les critères de l’économie sociale, contrairement aux OBNL, régis par la partie III de la Loi sur les compagnies. D’ailleurs, ces dernières ne sont pas forcément des entreprises. On y trouve aussi des associations ou des organismes communautaires. Les centres de la petite enfance sont un exemple d’OBNL d’économie sociale. »

Les coopératives, quant à elles, varient selon leur lien d’usage. Celui-ci peut être à destination de consommateurs, de producteurs, de travailleurs, de solidarité. Mais si certaines font partie de l’inconscient collectif comme la coopérative financière québécoise au logo vert, d’autres passent plus inaperçus. L’inventaire non exhaustif suivant définit les entreprises d’économie sociale à travers différents exemples issus des deux vallées.

Parmi les coopératives de consommateurs, on trouve par exemple une entreprise dédiée à l’habitation, la coopérative le Centenaire à Thurso, ou Papineau numérique à Plaisance. Elles visent à proposer à leurs membres des biens et des services pour leur usage propre. Les coopératives de producteurs fournissent, quant à elles, ceux nécessaires, entre autres, à l’exercice de leur profession.

C’est notamment le cas de Re/max Vision ou de Racines rurales, consacrées respectivement à l’immobilier pour la première et à l’agriculture biologique pour la seconde.

Certaines exploitations agraires adoptent plutôt le modèle de la coopérative des travailleurs comme la ferme La rosée, à Notre-Dame-de-la- Paix et Agricola, à Saint-André-Avellin. L’objectif intrinsèque de cette formule vise à créer, à maintenir des emplois, mais aussi à représenter l’intérêt de ses membres dans la société.

Dans cette optique, il s’avère également possible pour les adhérents de devenir actionnaires tout en gardant le statut d’entreprise d’économie sociale. C’est d’ailleurs la particularité de la Laiterie de l’Outaouais.

Enfin, la coopérative de solidarité constitue le modèle qui gagne en popularité par la diversification de son membrariat et son ouverture au partenariat.

« Elle rassemble à la fois des membres qui sont des utilisateurs des services offerts par la coopérative et ceux qui sont des travailleurs au sein de celleci, explique l’intervenant du CDROL. Elle vise également toutes les activités appuyées par le milieu et regroupe au moins deux catégories d’adhérents. »

Ces entreprises d’économie sociale se situent un peu partout sur le territoire des deux vallées. Par exemple, la Coop santé Basse-Lièvre opère dans le secteur Buckingham à Gatineau tandis que celle de la Petite-Nation se trouve au nord de la MRC, à Chénéville. Non loin de là, les adeptes de produits du terroir connaissent la Place du Marché de la Petite-Nation à Ripon. La Coop des 1001 corvées à Papineauville fournit des services à domicile.

Le portrait statistique 2016 de l’économie sociale au Québec évalue que l’implantation de ce type d’organisations s’élève à environ 380, dont 290 OBNL et 90 coopératives, en Outaouais.

Dans le contexte actuel, l’achat local de biens comme de services prend de plus en plus d’espace. Des occasions d’affaires se dessinent dans ce monde entrepreneurial où plusieurs envisagent de faire grandir leur entreprise tout en lui donnant une dimension sociale.

Isabelle Yde

isabelley@journalles2vallees.ca