LE PROJET WETS, UNE DES RARES RESSOURCES POUR LES TRAVAILLEUSES DU SEXE EN OUTAOUAIS

Une initiative du Bureau Régional d’Action sida (BRAS), le Projet WETS figure comme une des ressources cruciales dans le milieu de la prostitution en Outaouais.

L’initiative vise à offrir un soutien aux travailleurs du sexe par l’entremise de multiples façons, dont en fournissant du matériel gratuitement à ceux qui le requièrent, comme des boîtes de préservatifs par exemple.

Le projet offre également une panoplie d’objets de consommation, visant à assurer que les personnes qui consomment puissent le faire sécuritairement. « Certaines personnes entrent sur le marché de la prostitution pour payer leur consommation », note une des intervenantes du Projet WETS, Véronique Beauvais, sans pour autant généraliser.

Le Projet WETS accompagne également les individus concernés dans leurs démarches de santé ou sur le plan judiciaire, ajoute-t-elle.

Situé dans les bureaux du BRAS, à Gatineau, ce service offre aussi du linge et de la nourriture dans un de leur local nommé « Costco ». Mais, Mme Beauvais et son collègue sont surtout présents sur le web, où ils approchent les « travailleuses » du sexe, de plus en plus actives sur cette plateforme.

QUI SE PROSTITUE ?

Une caractéristique importante du réseau de la prostitution, on y trouve une forte concentration de femmes. « Je dirais qu’au moins 90 % des gens avec qui nous échangeons sont issus de la gent féminine. Il y en a beaucoup. »

« Nous faisons attention de ne pas questionner les gens que nous côtoyons par souci de confidentialité. Toutefois, nous dressons des statistiques générales. Au niveau des âges, c’est plutôt varié. Mais on retrouve beaucoup de personnes caucasiennes, afrocanadiennes et latinas. »

C’EST L’INTENTION QUI COMPTE

L’intention derrière l’initiative est d’appuyer les personnes qui oeuvrent dans le milieu de la prostitution, sans poser de jugement. « Il arrive que des filles nous approchent avec la volonté de changer de travail. Dans ce cas-là, bien sûr on les appuie. Mais, on ne les encourage pas nécessairement à le faire. Plusieurs d’entre elles sont satisfaites de leur situation. Elles sont indépendantes, elles font leur truc. »

Parmi tous les efforts déployés par le Projet WETS, l’intervenante affirme que « ce qu’on nous demande le plus, c’est du matériel. Les boîtes de condoms, ça coûte cher tout de même. »

Il arrive toutefois que des proxénètes surgissent dans le portrait. Dans ce cas, toujours dans un élan de solidarité, le Projet WETS tente de composer avec le contexte. « Il est arrivé que je m’entretienne davantage avec le “prox” qu’avec la travailleuse. Nous devions passer par lui pour être en relation avec elle. Nous lui avons donc donné du matériel visant la protection de la principale concernée. »

Dans cette optique, il arrive aussi que le Projet WETS accepte de fournir des préservatifs aux clients des prostitués, ceux qui le demandent. « Je ne vois pas pourquoi nous nous y opposerions, cela contribue à la protection des travailleuses. »

Surtout que plusieurs clients refusent de se protéger, ajoute-t-elle plus tard.

UNE QUESTION DE SOCIÉTÉ

L’organisme cherche aussi à faire de la sensibilisation, en offrant des ateliers dans les écoles, notamment. Cependant, plusieurs établissements demeurent réticents à aborder cette question. Les intervenants abordent donc des thématiques connexes, telles que l’abus sexuel ou la consommation de stupéfiants.

Dans la foulée, une collaboration est à voir le jour avec l’organisme Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) afin d’accueillir les travailleuses du sexe qui chercheraient refuge ou à transiter vers un autre métier.

Il faut savoir que la criminalisation est un facteur important qui amène les gens à se tourner vers le marchandage clandestin, notamment de leurs corps. « Certaines voudront mettre un terme à l’itinérance », renchérit Mme Beauvais.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca