LA COOPÉRATIVE COMME MUSE DANS LE DERNIER FILM D’ÈVE LAMONT

 LA COOPÉRATIVE COMME MUSE DANS LE DERNIER FILM D’ÈVE LAMONT
La cinéaste engagée Ève Lamont propose une incursion dans l’univers convivial d’une coopérative de Gatineau, mais pas n’importe laquelle, celle où sa mère habite.

Malgré son désir d’objectivité – ou de vérité plutôt, Mme Lamont a un certain parti pris pour ce modèle d’habitation collective. Selon elle, celui-ci prend tout son sens alors que la crise du logement frappe.

« J’ai voulu offrir un regard intime sur cette réalité encore méconnue de l’intérieur », rapporte la cinéaste, ayant récemment exhibé son tout dernier film, La Coop de ma mère. « C’est pourquoi j’ai voulu tourner pendant deux ans, pour vraiment rendre compte de ce qui se passe, de montrer qu’il ne s’agit pas d’un guetto. »

Mme Lamont soutient qu’il y a là un formidable modèle permettant davantage de mixité sociale, ce qui est bien représenté dans son film. « On y voit à la fois toute la pertinence des relations intergénérationnelles, les mélanges multiethniques et l’intégration de personnes éprouvant certains handicaps. »

De plus, le facteur participatif de cette habitation, où les résidents ne sont plus « à la merci de leur proprio » s’avère porteur pour Mme Lamont. Elle est d’avis que cela diffère des autres modèles de logements sociaux, où les gens sont plus « passifs » et donc moins appelés à prendre les rênes de leur vie, ainsi qu’à aider leur prochain.

LES COOPÉRATIVES RETROUVENT LEUR ESSENCE

« Aujourd’hui, les coopératives d’habitation sont perçues comme une solution économique afin de se dénicher un logement abordable. On en oublie sa vocation première, soit la mise en commun d’un espace de vie. »

L’artiste se réfère aux années 70, lorsque des « gauchistes et féministes » ont travaillé à la création de ces lieux libertaires. « Dans les années 1990, on a vu ces développements s’éteindre. Les fondateurs étaient peut-être partis, le financement n’y était plus. Nous vivions un changement de société aussi, une précarité grandissante face à la possibilité de se trouver un emploi stable contribuait à ce chamboulement. »

Mme Lamont veut encourager la société à appuyer plus vivement ce genre d’initiatives. À lui seul, le Québec compte 1330 coopératives, avance la vidéaste.

UNE CRÉATRICE DE L’OMBRE

Mme Lamont se dit attirée par les experts de l’ombre, des gens ordinaires qui côtoient de près des réalités de répression et de révolte. « Je m’intéresse à ces groupes de gens qui cherchent à se réapproprier une liberté, un mieux vivre. À déboulonner les idées reçues. […] Car le statu quo n’est pas possible dans l’intolérable. »

Cette artiste aguerrie a signé un bon nombre d’oeuvres documentaires, où figurent notamment SQUAT ! (2002) et plus récemment Le commerce du sexe (2015).

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca