ÉVOLUER DANS UNE FAMILLE ATYPIQUE, À QUOI ÇA RESSEMBLE ?

 ÉVOLUER DANS UNE FAMILLE ATYPIQUE, À QUOI ÇA RESSEMBLE ?
Deux citoyennes de la région ont accepté de partager leur expérience, l’une comme enfant l’autre comme parent, toutes deux appartenant à des familles différentes, considérées comme étant atypiques.

La jeune artiste de théâtre Clémence Roy- Darisse a grandi avec deux mères. Celle-ci avoue avoir, jusqu’à la fin de son adolescence, ressenti un certain malaise, voire une honte, face à cette réalité particulière et marginale.

« C’est surtout à l’école que j’en ai pris conscience, explique-t-elle. Lors de la fête des pères ou lorsqu’on devait remplir des formulaires, se souvient-elle. Des camarades de classe pouvaient exprimer du dégoût, m’étiqueter en quelque sorte. »

Mais avec le temps, cette enfant devenue adulte est venue à accepter ce parcours, qui est le sien, de pair avec l’affirmation de son authenticité, relate-t-elle. Elle nous rappelle également que le monde a beaucoup évolué sur cette question, de sa naissance en 1998 jusqu’à aujourd’hui. Cela a grandement aidé.

« Mes mères ont dû mentir pour me concevoir, dit-elle non sans émotion. Car à l’époque, il était illégal pour des lesbiennes d’avoir des enfants. Or, cela était possible pour les femmes seules de concevoir in vitro. Notre cercle immédiat, famille et amis, était au courant. Mais nous n’ébruitions pas trop la chose, car ce n’était pas admis. »

Ce placard dans lequel Mme Roy-Darisse est née, elle a dû en sortir plus tard. « À chaque fois que l’on en parle, que l’on s’affiche, on calcule notre choix. On se demande si ça vaut la peine, mesurant les éventuels risques. »

C’est ce que la jeune femme souligne comme étant l’écueil majeur avec lequel doivent composer les individus qui évoluent au sein de cette structure familiale encore méconnue. « Mes mères ne pouvaient pas s’afficher sur la place publique, à peine se tenaient-elles la main. […] Dans ma relation amoureuse aujourd’hui, je constate le privilège des couples hétérosexuels à pouvoir affirmer leur amour sans restriction ni entrave », fait-elle valoir, mentionnant au passage que son copain partage ses convictions féministes.

Car si elle peut retirer quelques bénéfices de cette condition de battante, y figure l’éducation féministe qu’elle a reçue de ses génitrices. À ce compte, Mme Roy-Darisse conclut qu’elle a aussi déconstruit l’identité de genres très rapidement. « Il n’était pas question de savoir qui jouait la mère et qui incarnait le père, ce qui m’a vite fait comprendre que nous étions des personnes à part entière, avant tout. »

OEuvrant présentement à une maitrise au sujet d’un théâtre écologique et à l’écriture d’une pièce de théâtre engagée, qui effleurent aussi des thématiques comme l’écoanxiété, la créatrice souhaiterait un jour se servir de sa trajectoire familiale pour créer un spectacle engagé sur le sujet.

FAMILLES ATYPIQUES EN MILIEU RURAL

Dans l’ouest du Pontiac, à Fort-Coulonge, la famille reconstituée d’Erica Ouimet fait son nid. S’étant intégrée à la meute, celleci est maintenant mère de quatre enfants, ayant joint son partenaire non-binaire qui habitait déjà la région et avait eu ses enfants dans le cadre d’un mariage précédent.

Ce que remarque Mme Ouimet, c’est que la liberté est, de loin, le meilleur principe pour évoluer de façon saine et équilibrée. « Ma femme et moi, nous ne cherchons pas à savoir qui est l’homme ou la femme, et cela me fait un bien fou », lance-t-elle.

Le couple applique cette même philosophie à leur progéniture, qui se questionne déjà sur leur identité et leur attirance. « Ce n’est pas parce que nous sommes des parents gais que nous souhaitons que nos enfants le deviennent. […] Toutefois, cela semble être naturel pour eux de s’ouvrir aux multiples possibilités identitaires et relationnelles. »

Or, ce qui semble « facile » à la maison devient plus difficile dans la cour d’école. « À l’école du coin, il ne semble pas y avoir d’autres modèles en vus, sinon celui de l’homme, de la femme et de l’hétérosexualité. En revanche, nos enfants sont habilités à nommer leur réalité et arrivent à faire leur place. »

Quant aux réelles différences qu’arbore un tel modèle familial, Mme Ouimet n’en distingue que très peu. « Je proviens d’un milieu très normé. Quand je compare notre famille à celle dont je proviens, je ne constate pas de distinctions particulières, sinon que ma femme et moi sommes vraiment en amour. »

Car la relation entre les parents de Mme Ouimet n’aurait pas toujours été simple, dû à la personnalité des individus, mais aussi à leurs rôles sociaux. « Nous sommes complètement libres de nos constructions de genre ici, ça rend les choses beaucoup plus faciles. »

Elle déplore toutefois que trop souvent, les gens tentent de les emboiter, les mettre dans des cases. « C’est comme si les gens ne savaient pas quoi faire de la liberté. »

Mme Ouimet et sa famille n’ont donc qu’un conseil à donner, vivre et laisser vivre.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca