UN MODÈLE D’ÉCOLE LIBRE DANS LA COMMUNAUTÉ MOHAWK D’AKWESASNE

 UN MODÈLE D’ÉCOLE LIBRE DANS LA COMMUNAUTÉ MOHAWK D’AKWESASNE
Le projet Akwesasne Freedom School est toujours bien vivant, fondé en 1979 dans une communauté mohawk, incluse dans la grande confédération iroquoise des Six Nations.

Kentióhkwa ! Sewatonhonhsí:iost ken’nikarihwésha ne káti ohén:ton karihwatéhkwen enkawennohétston Tout le monde ! Écoutez bien, alors que nous devons parler de ce qui presse avant toute chose.

Cette initiative visant la protection de la langue kanien’kéha, ou mohawk, tient debout depuis plus de 40 ans dans les environs de Cornwall. Née d’un désir ardent de transmettre les traditions et cérémonies de ce peuple iroquois, l’école continue de croître malgré les nombreux défis auxquels elle fait face.

UN FINANCEMENT À BOUT DE BRAS

Une des responsables d’Akwesasne Freedom School, Elizabeth Nanticoke, souligne que les campagnes de financement ont été particulièrement réussies cette année. Celles-ci servent notamment à rémunérer les professeurs « jadis payés en sac de patates, lorsque le projet d’école a débuté. »

Toutefois, après plusieurs décennies d’existence, le projet dépend encore beaucoup de sa communauté pour se financer. Cet été, un nombre d’activités visant à recueillir des fonds a pris place, dont des courses à relais incluant la marche ou le canoë ou encore une mise aux enchères de courtepointes.

Cette dernière activité est assurément très populaire, rapporte Mme Nanticoke. « Nous recevons des courtepointes provenant de diverses communautés, qui nous les offrent en guise de dons. Pas moins de 82 000 $ aura été accumulé cette année grâce à cette activité, un record. »

Toutefois, elle exprime une fatigue quant au manque de financement et de soutien de la part des dirigeants en place. À cet effet, elle déplore que le Conseil scolaire mohawk d’Akwesasne n’investisse pas davantage dans leur projet.

Cette année, 74 élèves suivent le programme de cette école dite immersive. L’an prochain, on en compte déjà 88, atteste Mme Nanticoke.

« Jadis, nous organisions des bingos afin de recueillir des fonds. Des gens d’un peu partout participaient, mais nous avons décidé d’arrêter cela. Notamment parce qu’à l’époque, les gens pouvaient fumer dans la salle, et nous trouvions que ce n’était pas respectueux pour les enfants. Ça ne correspondait pas à nos valeurs. »

PLUS QU’UNE ÉCOLE, UNE FAMILLE

Avant d’être impliquée dans le fonctionnement de l’école, Mme Nanticoke est surtout la mère de quatre enfants qui sont tous passés par la Freedom School. C’est d’ailleurs cette raison qui l’a poussée à emménager à Akwesasne, provenant d’une communauté voisine. Par ailleurs, deux de ses filles sont aujourd’hui professeures, à cette même école, entre autres.

La dame fait valoir que la transmission de la langue mohawk est centrale à la proposition de cette plateforme traditionnelle qu’elle aide à gérer aujourd’hui. En plus d’enseigner les rites et c é r é m o n i e s ancestrales, les élèves sont appelés à intégrer une panoplie de notions, des mathématiques aux sciences, le tout dans leur langue maternelle.

« Je viens d’une famille où l’usage de notre langue a été prohibé par la société coloniale. Mon père parlait le mohawk, mais je me souviens que mes frères s’étaient faits rabroués, surpris en train de parler entre eux dans un lieu public. On avait reproché à ma mère de les élever en sauvages. »

Alors que les abus perpétrés au sein des écoles résidentielles sont (enfin) dénoncés au grand jour, ce que défend la Freedom School a d’autant plus de résonnance quant à la sauvegarde de la culture autochtone, mêlée à la lutte contre le racisme systémique dont les Premières Nations sont toujours la cible.

« Une équipe de hockey de la région a récemment levé des fonds en vendant des t-shirts orange, affirme Mme Nanticoke. Cela a comme objectif de financer la Freedom School. Ils ont recueilli environ 4000 $. C’est vraiment incroyable. »

UNE CRISE ENVIRONNEMENTALE PALPABLE

L’école, en plein développement, serait intéressée de se munir d’une nouvelle bâtisse prochainement. Toutefois, le site sur lequel elle compte s’ériger s’avère contaminé, selon notre interlocutrice.

« Ce n’est pas nouveau comme problématique, explique-t-elle. L’entreprise General Motors a déjà opéré à quelques kilomètres de notre école. Lorsque l’endroit a fermé, il a été démoli et recouvert, sans être vidé ni nettoyé. Des raffineries d’aluminium se trouvant à proximité ont aussi contribué à polluer la végétation. »

Plusieurs entreprises auraient profité d’un barrage hydroélectrique, situé dans le Saint-Laurent, afin d’y développer ces raffineries à quelques kilomètres de la réserve d’Akwesasne. Cela a non seulement un impact sur le développement d’un lieu futur, mais aussi sur la communauté, dont les traditions sont intrinsèquement liées à la nature.

Mme Nanticoke raconte l’histoire du bétail sur l’île de Cornwall. « Les plantes étaient si contaminées que les animaux sur l’île ont vu leurs dents et leurs os détruits. L’île a éventuellement été repeuplée par le gouvernement, mais nous retrouvons toujours du PCB dans nos terres. »

La communauté écartelée entre l’Ontario et les États-Unis, à la frontière du Québec, dit poursuivre son combat contre les nombreuses séquelles du colonialisme. Toutefois, elle garde espoir de jours meilleurs, notamment dans l’éveil collectif qui prend place présentement.

Akwé:kon énska entitewahwe’nón:ni ne onkwa’nikòn:ra tánon teiethinonhwerá:ton ne Onkwehshón :’a

Unifions nos esprits afin d’accueillir le monde dans nos bras.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca