DAVID GOUDREAULT CHERCHE LA NUANCE

 DAVID GOUDREAULT CHERCHE LA NUANCE
Issu du travail social, l’artiste David Goudreault poursuit sa recherche pour un monde meilleur, espérant y semer de la profondeur ainsi qu’y parsemer de l’humilité.

Le créateur, qui se dit « touche à tout », écrit, performe, slam. Il chante aussi, ayant récemment sorti un quatrième album, Le nouveau matériel, lui ayant valu le prix Clémence-Desrochers. Par ailleurs, il travaille comme parolier, pour d’autres compositeurs-interprètes.

« Il me reste encore beaucoup de territoire à explorer, avance-t-il. Des nouvelles voix à découvrir, aussi. » Car M. Goudreault avoue chérir ses nombreuses rencontres avec les artistes, notamment émergeant, qu’il aide à propulser « à son tour » disant lui-même avoir été porté par d’autres.

OEUVRER EN SOLIDARITÉ

Ayant d’abord roulé sa bosse comme travailleur social pendant une dizaine d’années, le poète engagé se croit assurément appelé par sa rencontre avec l’autre. Le « nous » est au centre de sa pratique, affirme-t-il.

Or, son dévouement se traduit aujourd’hui principalement par son art. « Je souhaite que ma création artistique tienne lieu de rencontre et que celleci nous insuffle, du même geste, une remise en question. D’ailleurs, on dit que les gens qui lisent beaucoup ont un sens de l’empathie plus développé », lance-t-il au passage.

« J’ai aussi la conviction qu’une oeuvre d’art, comme un poème sur la prostitution par exemple, vaut l’équivalent de 20 campagnes de sensibilisation sur la question », espérant que davantage de ponts se fassent entre le milieu communautaire et celui des arts.

« D’un côté, les organismes communautaires pourraient impliquer les artistes de façons plus intense et fréquente. De l’autre, je trouve que l’univers artistique pourrait se mouiller davantage. Car j’ai parfois l’impression que même si plusieurs acteurs du milieu appuient des causes sociales, ça reste souvent en surface. » M. Goudreault est lui-même porteparole du Mouvement Santé mentale Québec, parce que cette cause le touche droit au coeur, soutient-il. Toutefois, il se permet de refuser des contrats du genre lorsque l’initiative qui le sollicite ne rejoint pas ses valeurs ou encore son expérience de vie.

Un autre projet « près des citoyens » que mène de main de maître M. Goudreault est la Grande Nuit de la Poésie à Saint-Venant-de-Paquette, ayant lieu tous les ans. « Ce projet est exceptionnel quant à son impact sur la communauté environnante. Les habitants du patelin s’impliquent comme bénévoles. Puis, plusieurs prestations visent à impliquer les gens, à l’instar de micros ouverts. » Cet événement offrant 24 heures de poésie au coeur d’un village dévitalisé du sud-est du Québec est effectivement un exemple de synergie entre artistes et amateurs.

LES MOTS COMME FANAL

M. Goudreault affirme être plongé dans de nouveaux projets d’écriture. Romans et recueils sont en chantier. Dans la foulée, il partage quelques réflexions qui l’habitent présentement. « La polarisation du monde m’inquiète. Je me sens mitigé, comme un besoin de nuances. Je ne suis pas en faveur de la condamnation. Ma principale préoccupation est le tissu social, car dès qu’on exclut des gens je crois que l’on commet une grave erreur, peu importe la raison. » Il explique qu’une de ses missions est de brouiller ces lignes qui dressent des camps, alors que « l’injustice peut être vécue par tous. » Il déplore une « hiérarchisation des causes » alors qu’il souhaite miser sur un esprit de conciliation, évoquant les opportunités qui se présentent avec les peuples autochtones. Pour finir, M. Goudreault nous encourage à s’entourer d’enfants. Selon lui, c’est un moyen extrêmement efficace « pour se rappeler que les humains sont beaux. » L’artiste sera dans la région pour présenter son spectacle Au bout de ta langue en supplémentaires à Gatineau, le 13 novembre prochain, à la salle Jean-Depréz.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca