Quand plusieurs générations cohabitent

 Quand plusieurs générations cohabitent

Cohabitat Québec offre des formations afin d’exporter son modèle d’habitations ailleurs dans la province.

Les habitations partagées de l’Outaouais (HPOU) ont comme mandat de jumeler des résidents d’âge mûr ouverts à cohabiter avec des étudiants se cherchant un logement.
L’organisme, fondé en 1988, a vu son engouement diminuer au fil des ans. Or, ces dernières années, un intérêt rejaillit. Des modifications au sein de la structure auraient également ravivé l’intérêt des jeunes, en l’occurrence.
« Nous percevons chez les étudiants certaines craintes vis-à-vis les personnes âgées. Nous nous donnons le mandat de démystifier l’affaire par l’entremise d’ateliers et autres moyens de conscientisation. Car, nous croyons que les relations entre générations peuvent s’avérer très bénéfiques », rapporte le directeur des HPOU, Pierre Gendron.
Il faut savoir que ce genre de modèle existe partout au Québec. À ce titre, nous pouvons penser à Combo2Générations, un site de jumelage en ligne, créé en 2017. Ici, le principe est sensiblement le même. Les étudiants sont invités à se lier à une personne vieillissante en échange d’un loyer réduit ou même gratuit. Cela dépend de l’implication de l’apprenti auprès de son nouveau « coloc ».
Aux HBOU, il y a aussi cette possibilité de faire du troc, soit un service d’échanges. Cela peut concerner le ménage et l’entretien, ce qui engendre une diminution des coûts de location pour le jeune.
La formule s’exporte ailleurs, comme au Saguenay, sous le même nom. À Montréal, La Maisonnée s’y est greffée pour mettre en contact des gens de différentes cultures et qui souhaitent briser l’isolement, devenant un projet à la fois intergénérationnel, mais
aussi interculturel.
« L’isolement chez les personnes âgées est flagrant, poursuit le directeur des HPOU. Du côté des jeunes, on constate que plusieurs d’entre eux n’ont pas beaucoup connu leurs grands-parents. Le pont est à faire et de beaux échanges d’expertise peuvent avoir lieu. Dans certains cas, les aînés se cherchent un compagnon pour aller au théâtre, tout simplement. Nous voulons démontrer que les personnes âgées sont des humains à part entière. »
Comment ça fonctionne ? D’abord, il faut s’inscrire auprès de l’organisme. Pour ce faire, un formulaire virtuel existe. Puis, une première rencontre en personne a lieu afin de déterminer la compatibilité du futur binôme. Un protocole d’entente est établi et un suivi a lieu de façon régulière, assuré par l’organisme.
Le mouvement de la cohabitation au Québec
Un modèle influent du nom de Cohabitat Québec persiste dans le quartier Saint-Sacrament, à Québec. Celui-ci s’intéresse à faire connaître son fonctionnement ainsi qu’à former et outiller des gens intéressés à fonder des endroits de vie partagés.
« Nous sommes un leader en ce domaine. N’empêche, il existe aussi les coopératives, qui forment un mouvement important. Cependant, nous poussons l’idée un peu plus loin, même si nous n’inventons rien. Ce sont les Scandinaves les réels précurseurs. En France aussi, il existe des logements collectifs », exprime Jean-Yves Fréchette, responsable du Cercle communication de Cohabitat Québec.
Le projet a été bâti avec un souci écologique. Il comprend 42 logements, soit une dizaine de maisons de ville ainsi que 32 copropriétés, réparties dans cinq bâtiments distincts. L’un d’entre eux est centralisé et des espaces communs y sont aménagés.
« On parle souvent d’aménagement, d’infrastructure, de terrain et de construction. Il est plus rare que nous abordions l’organisation de la communauté. Dans notre cas, nous avons décidé de nous munir d’une structure de gouvernance relevant de la sociocratie. Celle-ci renforce la prise de décision consensuelle et la communication non violente. »
« Nous nous rendons bien compte qu’il est beaucoup plus facile d’opérer lorsque nous ne sommes pas dans des dynamiques polarisantes, créant des oppositions qui s’affrontent inutilement. Nous progressons mieux dans la bienveillance. »
La synergie des familles élargies
Les populations qui fréquentent Cohabitat Québec sont diverses et cela est souhaitable, explique M. Fréchette. « Il y a des mères monoparentales et des pères seuls aussi. Certains ont des enfants handicapés, d’autres à l’université. On a une famille qui veut faire le tour du monde l’an prochain, des célibataires et des grands-parents. »
Le porte-parole enthousiaste rapporte une synergie fantastique qui s’opère entre les groupes. « À titre d’exemple, il y a un homme de 75 ans qui adore s’entraîner, c’est son dada. L’hiver, il fait du ski de fond, au printemps des escaliers pour que l’été, il soit prêt à courser et, finalement, reprendre l’entraînement des escaliers à l’automne. Plusieurs jeunes se sont mis à le suivre. Il est devenu leur leader en entraînement sportif, en quelque sorte. »
Plusieurs endroits favorisent les échanges entre les habitants. Un espace-terrasse, par exemple. De plus, un repas communal est organisé toutes les semaines. « Nous détenons cinq équipes en rotation afin d’assurer le ménage, la cuisine et l’entretien des jardins. Aussi, nous organisons des activités ensemble. Les échanges intergénérationnels y sont très présents. »
« En ce moment, c’est un peu difficile, à cause de la pandémie. Nos rencontres ont lieu par Zoom. Ça fait bizarre, s’entretenir avec son voisin derrière son écran. »
M. Fréchette défend la force des grandes familles, celles qui se créées aisément au sein de telles formules. Le groupement convie des gens de partout à venir les rencontrer ou à les contacter afin de se familiariser à ce genre de mode de vie.

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca