Se donner le droit de pleinement vivre son deuil

 Se donner le droit de pleinement vivre son deuil

Une participante du programme pour adultes d’Entraide-Deuil de l’Outaouais, Marie-France Bertrand.

Deux personnes ayant perdu un être cher témoignent de l’importance du rôle d’un organisme comme Entraide-Deuil de l’Outaouais pour traverser les épreuves. 

« Si je n’avais pas eu Entraide-Deuil Outaouais, je ne serais pas où je suis aujourd’hui », s’exclame d’entrée de jeu Véronique Charette, en deuil de sa mère. Participante au programme complet offert par l’organisme, avec des bénévoles formés, elle est maintenant de retour à l’emploi. 

« J’ai dû quitter mon travail pendant la pandémie. Puis, ma mère est décédée. Je suis retournée sur le marché il y a de cela quelques semaines, mais sans le groupe d’entraide, ça aurait été très difficile », confie Mme Charette. 

Pour cette dernière, le fait d’évoluer dans un cadre de non-jugement est tout à fait libérateur. « Les gens s’écoutent, il est possible de s’exprimer librement. Les témoignages des autres aident à comprendre le deuil que tu traverses, à prendre un pas de recul. »

Mme Charette a également vu sa mère partir sans pouvoir être auprès d’elle, dû à la pandémie. Cette situation a contribué au drame. « J’ai dû apprendre à distinguer la culpabilité de la colère. J’ai encore un bout de chemin à faire. Mais peut-être qu’éventuellement, je voudrai aider d’autres personnes à se réconcilier avec ce passage. »

C’est ce qu’a voulu faire une autre vétérane du programme pour adultes, Marie-France Bertrand. Après s’être engagée dans une série de onze rencontres hebdomadaires, d’environ 2h30 chacune, elle a voulu contribuer pour aider d’autres personnes. 

Mme Bertrand a décidé de rendre accessibles les méditations prenant place au sein de ces moments privilégiés, en les enregistrant, afin que les gens puissent les écouter à la maison.

L’organisme de l’Outaouais est également doté d’une bibliographie en ligne, dont fait partie le livre de leur fondatrice, Rosa Bouchard-Pichard. Ainsi, les individus peuvent continuer à s’outiller de leur propre chef.

Lumière sur la mort

Fascinée par l’être humain, Mme Bertrand vit cette expérience comme une opportunité pour cheminer intérieurement. « Les gens qui nous accompagnent sont très expérimentés, ils savent de quoi ils parlent, où ils s’en vont. J’ai beaucoup appris sur la douceur qu’on doit s’accorder. Parce qu’on vit quelque chose d’important. »

L’endeuillée déplore que nous n’ayons pas davantage d’occasions pour exprimer la peine de perdre des êtres chers. « Dans les groupes d’entraide, on met beaucoup d’accent sur l’extériorisation de la souffrance. Depuis, je suis plus à l’aise d’en parler avec mon conjoint et mes proches. Mais je ne suis pas prête à partager cela en public. »

Or, elle se donne désormais le droit de ressentir la tristesse qui l’habite, ce qui n’était pas tout à fait le cas avant de se joindre à l’initiative de soutien. 

« Dans la société, nous sommes inconfortables face aux émotions sincères. Les gens semblent plus à l’aise d’exister en surface qu’en profondeur. »

Charlotte Leblanc-Haentjens

charlotte@journalles2vallees.ca